Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 21:45

Notre  paisible ville, bien connue des usagers de la route nationale n°8 reliant Alger à Boussaâda, a connu, ce jeudi 20 février 2014, un évènement, pourrait-on dire,  assez original.

L’originalité de cet évènement tient au fait qu’une poignée de jeunes a eu l’idée de rendre hommage à deux de leurs concitoyens devenus, par la Grâce d’Allah, centenaires. Il s’agit de Daouadji Ahmed plus connu sous le pseudonyme de « Makhiche » et de Bettache Ahmed.

La municipalité de Tablat a eu l’amabilité de mettre, à la disposition des organisateurs, la toute nouvelle salle de conférence baptisée au nom du chahid Belkada Rabah.

Les citoyens de Tablat ainsi que ceux venus de la capitale s’étaient déplacés en grand nombre pour voir « leurs » centenaires que certains croyaient déjà disparus !

C’est ainsi qu’aux environs de neuf heures trente du matin, la salle était  bondée et les sièges vides étaient rares. Pourtant, chacun savait qu’il ne s’agissait pas d’une joute électorale ! Beaucoup de commerçants avaient fermé leur boutique pour ne pas rater cet évènement ! Du jamais vu à Tablat !

Il faut dire, avant tout, que par cette action, les jeunes organisateurs voulaient, bien au-delà du cérémonial, marquer les esprits des personnes présentes en mettant en exergue les valeurs de notre religion, l’islam, qui accorde, comme chacun le sait, des droits très importants des parents sur leurs enfants avec une place de choix pour la mère. Ces jeunes nourrissent aussi l’espoir de voir, un jour, se créer, parmi la population ou dans les institutions officielles, une tradition,  une culture du respect des personnes âgées surtout celles qui sont démunies, sans ressources et incapables de subvenir à leurs besoins ou encore seules sans personne pour les accompagner au cours de leurs derniers jours. C’est pendant ces moments cruels que ces personnes âgées ont besoin de leurs prochains, ont besoin de nous.

Lors de leur entrée dans la salle, les centenaires ont été accueillis par des applaudissements nourris. Le ton était donné pour des moments inoubliables !

C’est dans cet esprit que la  cérémonie débuta par la lecture du Sain Coran, notamment le  verset 23 de la sourate 17 intitulée «Al Isra » ( le voyage nocture)  «  Et ton Seigneur a décrété : « N’adorez que Lui ; et  marquez de la bonté envers les père et mère : si l’un d’eux ou tous deux doivent atteindre la vieillesse auprès de toi, alors ne leur dis point «  oufine »  et ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses. »

Après ces paroles divines, l’assistance écouta tout aussi religieusement quelques couplets de l’hymne national «  Kassaman »  pour rappeler aussi aux jeunes que leur ville avait payé un lourd tribut durant la lutte pour l’indépendance. Tablat et sa région étaient maudites par les soldats français à cause de son relief accidenté propice aux embuscades. Mais ceci est une autre histoire…

Un jeune imam, cheikh Mohamed, venu de la ville voisine de Mezghenna( ex Seriet ) fit un sermon consacré, bien entendu, aux droits des parents en faisant un parallèle entre le monde musulman et le monde occidental . Il exhorta les jeunes et les moins jeunes à vouer aux parents le respect qui leur est dû en évoquant divers versets du Saint Coran et en citant les enseignements en la matière contenus dans plusieurs Hadiths de notre Prophète (Paix et Bénédiction d’ Allah sur lui).

Pour revenir à cérémonie proprement dite, le maitre de conférences, le jeune professeur M’hamed Talbi, fit la lecture d’une brève biographie du premier centenaire, Daouadji Ahmed. Ce dernier a été inscrit sur les registres de l’état civil de Tablat le 03/04/1909 mais en réalité il était né deux ans plutôt !!! il était fréquent, à l’époque, pour les parents des douars un peu reculés de trainer quelques temps pour déclarer les naissances chez le cadi surtout si celui-ci n’était pas en odeur de sainteté chez la population dite autochtone! Ammi Ahmed gambergeait, ainsi, sur ses 107 ans !

Mais quel est le secret de la longévité  de « ammi » Ahmed, lui qui ne se plaint d’aucune maladie particulière sauf d’une vue qui a baissé et d’une ouïe  faible? Il est toujours en pleine possession de ses facultés mentales et d’une grande lucidité ! Selon ses propres déclarations et celles de son entourage, son âge, il le tient surtout à son régime alimentaire, constitué de produits à base de céréales, de légumes de saison, d’huile d’olive en grande quantité et de viande ….caprine. La frugalité, en somme. En plus de ce régime alimentaire de type purement méditerranéen comme décrit dans les manuels de diététique en vogue actuellement, il pratiquait la marche à pied et ce en raison de ses activités professionnelles ; il a été tout à la fois fellah, maquignon et artiste dans son genre  puisqu’il jouait du «  t’bal » (  le tambourin de la région) pendant les fêtes et durant les longues périodes estivales! Il avait, ainsi, sillonné tout le nord du Maghreb bien souvent à pied avec des incursions en Tunisie et au Maroc. Pour lui, entre  les années 1920 1950, les déplacements entre Tablat et la Mitidja étaient toujours effectués à pieds. Tout autre moyen de transport était pour lui – et pour beaucoup d’algériens de son époque- trop onéreux !

Pour que la fête de Ammi Ahmed soit totale, rien n’a été laissé au hasard par les organisateurs. Pour l’occasion, on a fait venir sa famille actuelle et deux de ses derniers amis troubadours ( Djeddou Mohamed dit Moha Salem et Dahmani Ali dit « cent kilos ») bien connus des personnes âgées. D’anciens compagnon de Ammi Ahmed tels que Messaoud El Amri, El Arbi ou Rabah Taam, tous originaires du douar Echmalil, ne sont plus, malheureusement, de ce monde.

Pour clôturer la cérémonie, le jeune centenaire a reçu des mains de Hadj Kadi Moussa un beau burnous, taillé sur mesure pour lui. C’est à ce moment qu’il avait été invité à prendre la parole. On sentait chez lui une grande émotion mais ce sentiment était beaucoup plus perceptible dans la salle où la majorité des hommes et des femmes présents à cet instant avaient les yeux pleins de larmes surtout lorsque Ammi Ahmed a évoqué , d’une voix quelque peu chevrotante, le parcours pour le moins atypique de sa propre vie – 30 ans comme fellah, 30 ans comme commerçant (maquignon), 30 ans comme artiste et le reste comme retraité- et notamment le fait d’avoir élevé et éduqué dignement deux orphelins, fils de chahid , Lakhdar et Nacer , devenus aujourd’hui des fonctionnaires à Tablat. Ils étaient présents, avec leur mère, et entouraient Ammi Ahmed de tous les soins comme si c’était leur propre père.

La joie étaient dans tous les cœurs et les tablatis on été également convié à rendre hommage à un autre de leur concitoyen en la personne de Bettache Ahmed qui bouclera, inchAllah, ses cent bougies en octobre prochain. Pour la circonstance, il était accompagné de plusieurs de ses fils, petits fils  et arrières petits fils. Il avait, en tout,  111 descendants. Allah ibarek !

La salle de conférences est restée occupée bien après la fin de la cérémonie et de la collation servie à l’occasion. Tout le monde y allait de son commentaire pour rendre hommage……….aux organisateurs d’avoir pensé à ces centenaires. Le mot « takrim » revenait sur toutes les langues et il prenait toute sa noblesse auprès de  cette population qui n’était pas habituée à ce genre d’évènement. Pour une fois, on a honoré des gens de condition modeste, pas des grands de ce monde. Pour une fois, il y avait de la sincérité et de l’humilité dans l’air car ceux qui ont pensé et organisé cet évènement sont restés en retrait et tout a été fait sans contrepartie aucune. C’est là que réside probablement le succès de cet évènement. On souhaite de tout cœur que la leçon a été retenue et que le respect aux parents et aux personnes âgées soit perpétué dans l'esprit des générations montantes..

Djamal Tidjani

 

 

 

 

A gauche El Hadj Bettache Ahmed et à droite, Daouadji Ahmed..deux "jeunes" centenaires. Quelle beauté !

A gauche El Hadj Bettache Ahmed et à droite, Daouadji Ahmed..deux "jeunes" centenaires. Quelle beauté !

Une vue partielle du public.....les cachabias sont de mise à Tablat en période hivernale!

Une vue partielle du public.....les cachabias sont de mise à Tablat en période hivernale!

Au premier plan, Dahmani Ali.

Au premier plan, Dahmani Ali.

Côtoyer des centenaires, cela pourrait nous aider à garder un esprit ....jeune!

Côtoyer des centenaires, cela pourrait nous aider à garder un esprit ....jeune!

Partager cet article

Repost 0
Administrateur du Blog
commenter cet article

commentaires

Djamal Tidjani 22/02/2014 11:28

On a vu beaucoup de personnes pleurer. Certainement par émotion, comme nous tous. Mais je suis certain que quelques uns avaient eu des regrets en voyant la scène qui se déroulait devant leurs yeux embués et le souvenir de leurs propres parents. Ammi Ahmed était entouré par ses enfants adoptifs qu'il a choyé comme ses propres fils et El Hadj Bettache entouré, lui, par plusieurs fils et arrières petits fils. Une image saississante ! Celui qui n'avait pas eu, ne serait-ce qu'un pincement au coeur en ce moment-là, ne devait pas ressentir un sentiment aussi fort que celui qu'on eprouve envers des parents.

moh mez 21/02/2014 23:31

barak allaho fikom,inchallah rabi yakaramkom

Présentation

  • : Tablat, ma ville, le blog de tous les Tablatis
  • Tablat, ma ville, le blog de tous les Tablatis
  • : Tablat, ma ville : est un espace d'échange et de dialogue entre tous les tablatis.
  • Contact

Recherche

Liens